No Smoking

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Affiche

No Smoking
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  • Synopsis:

    Comment tout a commencé. Nous sommes en Angleterre, au cour du Yorkshire, dans le village de Hutton Buscel. Comme dans tous les villages, il y a une église, un cimetière, un restaurant indien et une école. Le directeur de l'école se nomme Toby Teasdale et la sous-directrice Irène Prindworthy. Tody est marié avec Celia, la fille de Joséphine Hamilton, bien connue pour sa discrétion. Le meilleur ami de Toby, Miles Coombes, est un membre influent du conseil de direction de l'école. Sa femme, Rowena Coombes, a une passion pour le squash. Tout le village en parle. Lionel Hepplewick, le gardien de l'école, est le fils de Joe Hepplewick, poète officiel du village. Enfin, Sylvie Bell est employée chez les Teasdale. C'est le début de l'été, Celia Teasdale est en plein ménage de printemps. Elle sort dans le jardin, s'arrête un instant, reprend son souffle lorsque son regard accroche un paquet de cigarettes. Elle hésite. Doit-elle ou non, céder à la tentation ?

    Acteurs:

    • : Toby, Miles, Lionel, Joe
    • : Celia, Rowena, Sylvie, Irène, Joséphine
    • : Le narrateur

    Dates:

    Date de sortie: 01/12/93

    Equipe du film:

    • : Alain Resnais
    • : Jean-Pierre Bacri
    • : Agnès Jaoui
    • : Renato Berta
    • : Bernard Bats
    • : Gérard Lamps
    • : Jacques Saulnier
    • : Jackie Budin
    • : Albert Jurgenson
    • : John Pattison
    • : Arena Films
    • : Caméra One
    • : France 2 Cinéma
    • : Canal +
    • : Alia Films
    • : Vega Film AG (Zürich)
    • : Michel Seydoux
    • : Bruno Pésery
    • : Pyramide Distribution

    Informations techniques:

    • Couleur
    • Long metrage
    • Français
    • France
    • 1993
  • Critiques:

    • Libération

      Libération

      "Ou bien on considère que le même Alain Resnais a réalisé deux films. Smoking d'une part No Smoking de l’autre, qui mériteraient chacun une critique autonome, ce qui fait déjà deux. Ou bien l’on considère que ces deux films n'en font qu'un, qu'ils se «complètent» comme dit leur auteur, et que, par conséquent, une seule critique suffirait. (...)

      Ou bien l'on renonce même à toute idée de séparation, considérant avant tout un projet d’ensemble, un joli monstre siamois, un film à deux corps soudés par le cerveau, chacun ayant de son point de vue une existence en propre mais puisant sang et oxygène à une seule et même source, et donc inséparables, toute ablation de A par rapport à B, et vice-versa, équivalant à une mort par décapitation. On bien on remballe notre pauvre boîte à outils critique, on jette aux orties nos clefs à molette démonétisées et l’on écarquille les yeux devant cette baleine blanche du cinéma, qui périme jusqu’à l'os toute idée de compte rendu, ce bon vieux compte rendu tout confort que Resnais, avec une malice de bossu, nous a rendu impossible.

      Ou bien on ouvre une autre bouteille de scotch, on reprend tout à zéro et on explique autrement le principe même selon lequel Resnais a goupillé son film (ou bien ses films): à la question «fumera-fumera pas?» (évidemment des Players), il donne les deux réponses possibles et pousse chacune au terme de ses conséquences, la mettant à l'épreuve de son alternative, avec, à chaque rebondissement les autres développements et les autres dénouements qu'elle induit. (...)

      Ou bien, même, trois pétards plus tard, on définit l’affaire (No) Smoking par une autocontestation permanente du jeu et de ses règles. C’est parce qu’il est un Meccano très sophistiqué que ce film double n'en finit jamais de couiner, grincer, gripper, rouiller, respirer et, parfois, de menacer ruine. C'est pour les mêmes raisons que ce double film est un monstre bouleversant: dès qu’on y injecte des affects, de la chair et des sentiments, ce canevas de fer qu'on croyait garde-fou libère au contraire tous les doutes, toutes les trouilles, tous les risques, tous les dangers. C’est ce mélange de deux déterminismes, cette superposition de la logique la plus formelle et du hasard le plus aléatoire, qui trouble profondément nos sens et les égare: se peut-il que Resnais ait mis au point la machine infernale qui manquait au cinéma? Aurait-il inventé le film en fusion, l’abîme théorique, l'encyclopédie en folie de toutes les questions éternelles et irrésolues ? (...)

      Ou bien, on l'aura compris, Resnais a tout bonnement filmé le destin. Puisqu'il s’en faut toujours d'un rien, d'un mot, d'un geste, pour qu'on devienne ce qu'on est, ou bien pour qu'on reste ce qu'on n'est pas. (...)

      Que Resnais étreigne ainsi la mort n'est pas nouveau. Qu’il lui fasse-danser aussi gaiement une valse macabre, l'est. C’est l’humour noir du film, sa soupape libératrice qui lui fait régulièrement péter quelques plombs: une orgie de gâteaux anglais à la terrasse d'un hôtel anglais, un fort Chabrol improvisé dans la cabane du jardinier, une crise de nerfs en pleine fête champêtre et une attraction de kermesse qui, par jet d’éponges, vire au jeu de massacre. Autrement dit, un film, ou bien très émouvant du côté des sens, ou bien très déconnant du côté du non-sense.

      Si le sujet de (No) Smoking c’est le temps qui avance, et partant la mort, toutes les autres obsessions de Resnais sont aussi au rendez-vous: la science, la rationalité, la littérature, si possible à tiroirs, la linguistique, le jeu entre les mots. Comme sont aussi fidèles ses deux acteurs gris-gris, Azéma et Arditi.

      Pourtant rien à voir. Ou bien Alain Resnais a fait un nouveau premier film avec l’aisance et la grâce d’un jeune homme, ou bien c’est le point d’orgue d’un vieux maître qui aurait accordé d'un coup tous ses pianos. Car dans (No) Smoking, si l’inventaire Resnais est complet, il est jeté courageusement sur le tapis pour un banco périlleux où l’on devine que le «ou bien-ou bien» est aussi un quitte ou double. Total : Resnais fait sauter la banque. Mélo réussi polar de première, comédie loufoque, Azéma et Arditi complices et habités. Ou bien un cinéma de nouveau expérimenté, pas chiche de ses trouvailles, un manifeste pour la liberté, l’invention, la folie artistique. Ou bien un exemple de cinéma qui n’a pas renoncé à penser."

      Gérard Lefort et Olivier Seguret, Libération
    • Révolution

      Révolution

      "Smoking ou bien No Smoking, ou le contraire. Les spectateurs ont le choix, la sortie des deux (ou du) demier(s) fîlm(s) d’Alain Resnais n’est pas accompagnée d’un mode d’emploi. Alain Resnais a juste eu le « fol espoir », comme il le dit, « que la dramaturgie de l’un et l’autre film fasse que le spectateur prenne encore plus de plaisir à voir le second, quel qu’il soit, parce que dans son imaginaire il lui reste des bribes du premier. » (...)

      Dans leur jeu, Azéma et Arditi n’essaient pas de faire oublier que ce sont eux qui interprètent tous les personnages. Ils réussissent pourtant chaque fois à être autre, à tel point qu’en se voyant à l’écran pour la première fois ils ne se seraient pas reconnus, émus et contents de cette sensation très nouvelle pour eux de ne pas avoir l’impression de se voir jouer, de pouvoir se laisser aller à leurs rires comme de simples spectateurs.

      Smoking et No smoking s’appuient sur tout un ensemble de clichés qui crée une distanciation. Pourtant sans aller jusqu’aux larmes et malgré le côté « force » de certaines situations, j’ai été émue par la dimension tragique des personnages comme celui de Toby Teasdale, directeur d’école alcoolique, tel que le présente Smoking, au point de regretter de ne le voir pour ainsi dire pas alors qu’il est tout le temps fait référence à lui dans No Smoking, j’ai sans cesse été interpellée par le « hors champs », les deux personnages à l’écran appelant, par l’imaginaire, d’autres personnages, entrant ainsi à mon corps défendant dans cette règle du jeu voulue par Resnais qui crée le désir de voir et revoir un film après l’autre.

      La construction de l’ensemble est à la fois si complexe et si « évidente », les angles de prises de vues si subtilement différents dans des décors immuables, qu’on s’interroge tout le temps sur ce qu’on a déjà vu. Jamais une œuvre cinématographique n’a sans doute produit de tels effets, sources d’un plaisir nouveau."

      Luce Vigo, Révolution