Muriel ou le temps d'un retour

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Muriel ou le temps d'un retour
  • 6/10
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  • Synopsis:

    Hélène, veuve depuis quelques années mais encore jeune, vit à Boulogne-sur-mer avec Bernard, son beau-fils, qui revient de la guerre d'Algérie. Leur appartement est transformé en dépôt de meubles anciens dont elle fait le commerce. Elle a invité à venir passer quelques jours Alphonse, qui fut son amant. Celui-ci arrive avec Françoise, jeune femme de vingt ans, sa maîtresse et qu'il dit être sa nièce. Ces personnages vont se croiser, parler, s'agiter, cherchant à reconstituer un passé qui les fuit.

    Acteurs:

    • : Hélène Aughain
    • : Alphonse Noyard
    • : Françoise
    • : Claudie
    • : L'acheteuse
    • : Simone
    • : Robert
    • : L'homme à la chèvre
    • : Roland de Smoke
    • : Ernest
    • : Marie-Dominique
    • : le croupier
    • : le tailleur
    • : l'homme de la grange
    • : La femme du tailleur
    • : la cliente
    • : Bernard Aughain
    • : l'employé du casino
    • : Marc
    • : l'acheteur
    • : la cliente dans la rue

    Dates:

    Date de sortie: 04/10/63

    Equipe du film:

    • : Alain Resnais
    • : Jean Cayrol
    • : Jean Cayrol
    • : Sacha Vierny
    • : Antoine Bonfanti
    • : Kenout Peltier
    • : Eric Pluet
    • : Jacques Saulnier
    • : Lucilla Mussini
    • : Hans-Werner Henze
    • : Anatole Dauman
    • : Pierre Braunberger

    Informations techniques:

    • Couleur
    • Long metrage
    • Français
    • France
    • 1963
  • Critiques:

    • Libération

      Libération

      "Comment oublier Muriel ? N'ayons pas peur des mots: comment ne pas rester marqué à jamais par cette oeuvre époustouflante d'Alain Resnais sur le temps, l'âge et la réminiscence ? (...) Resnais construit un film subtil et violent, au montage haché, avec la formidable complicité de Jean Cayrol (scénario et dialogues).

      Nous ne sommes pas là dans une réminiscence proustienne, entre poésie et entomologie, mais dans une expérience traumatique. Tout comme dans l'année dernière à Marienbad (1961) ou Je t'aime, je t'aime (1968), quelque chose s'est bloqué dans le temps, qui ne permet pas aux personnages de vieillir. Or rien n'est plus insupportable qu'un face-à-face immobile avec la mémoire. Il faut avancer, défaire les noeuds, se souvenir afin de pouvoir oublier ­ bonjour, Sigmund !

      Et cela vaut aussi bien pour un ancien amour, avec Muriel, que pour l'horreur concentrationnaire, avec l'essentiel Nuit et Brouillard (autre collaboration Resnais-Cayrol). Enfin, il y a Delphine Seyrig. Il n'est pas nécessaire d'aimer cette immense actrice pour entrer dans le film. Mais il est très difficile d'en sortir autrement que raide dingue de cette femme ­ si ce n'était déjà le cas. Resnais-Cayrol-Seyrig: a-t-on vraiment fait mieux depuis ?"

      Edouard Launet, Libération
    • L'Express

      L'Express

      "Nuit et brouillard sur Boulogne-sur-Mer pour Resnais et Jean Cayrol, qui signe scénario et dialogues. Comment reconstruire sa vie à partir de ses souvenirs les plus douloureux - un amour cassé, ou la guerre d'Algérie, enfin présente dans le cinéma français? Solitude, hantise du temps qui passe dans la morosité du quotidien et, lancinante comme une chanson de Piaf, la mémoire d'un homme et d'une femme. Le temps d'un retour, l'espace d'un chef-d'oeuvre."

      Michel Grisolia, L'Express
    • Positif

      Positif

      " ... Dans sa conférence de presse à la Mostra de Venise, Resnais a défini son film comme enregistrant « le malaise d'une civilisation dite du bonheur ». « Un nouveau monde se forme, mes personnages en ont peur, et ils ne savent pas y faire face. Nous assistons à une véritable imprégnation du monde. »

      Cette imprégnation est d'un ordre tel que les auteurs n'ont pu (ni sans doute cherché à) distancer les mécaniques extérieures à l'action.

      Le personnage de Muriel, qui était sans doute au départ un tant soit peu fantomatique, est devenu le spectre d'une situation précise, d'un drame localisé dans l'actualité.

      « C'est Muriel elle-même qui nous a convoqués, a dit Resnais. Le film s'est développé comme une plante, les personnages ont commencé à vivre un peu indépendamment de nous. Pensez à une lettre recueillie sur un buvard : le film est ce buvard, le miroir qui rétablit une éventuelle lecture ce sera le public. Muriel est apparue au travers des taches d'encre. »

      Ce qu'est Muriel, finalement, c'est la torture. Bernard a assisté, et même participé, aux atroces sévices exercés par des soldats français sur une jeune résistante algérienne. Cette plaie que porte toute une partie de la jeunesse ne s'est jamais refermée, et représente un obstacle au bonheur qu'on peut croire définitif. Bernard vit encore en contact étroit avec ses anciens compagnons de combat, devenus membres de l'OAS. Ses souvenirs à lui sont donc basés sur un acte accompli et irrémédiable, au contraire d'Alphonse et d'Hélène qui n'ont jamais rien achevé dans l'existence. Bernard, au lieu de solliciter sa mémoire, cherche à l'intimider. Il croit que sa seule chance de survivre consiste à raconter « Muriel », à porter témoignage. En fin de compte il sera le seul protagoniste de l'action qui puisse surmonter son passé par un autre acte irrémédiable (...)

      Remarquons au passage que Resnais répond superbement à certaines critiques qui lui avaient été faites, de rester en deçà de l'actualité. Muriel représente, sur le seul plan du témoignage, un acte courageux,  et qui rebutera les  esprits  évasifs.  La séquence clé où Bernard, en projetant à un ami ces bandes anonymes et passe-partout que ramène le soldat de toutes les guerres (vues banales de gourbis, chambrées, repas hilares), lui raconte longuement l'agonie de Muriel, agit comme un révélateur de l'action tout entière. C'est la minute de vérité, elle apparaîtra indirectement, et de biais, pour chacun des protagonistes.

      Et bien que le film se termine, en principe, sur un coup de théâtre, fort inhabituel chez Resnais, on constatera que cette fin est un effritement, un effilochement de l'action (...)

      « À se perdre on se trace la route », égrène la cantate de Hans Werner Henze que Resnais a voulu inintelligible sur la bande sonore (...) Sans doute l'idée de la perdition en amour est-elle capitale, offre-t-elle une essentielle étape dans la quête du sublime. Mais Resnais nous a présenté des personnages qui, pour leur malheur, ne savent pas se perdre, même lorsqu'ils trichent avec leurs souvenirs. « Avec toi on ne sait jamais si on arrive au bon moment», disait Alphonse.

      Muriel, c'est un peu le naufrage de la concomitance, la perte des pôles magnétiques de la passion. Remercions Resnais de cet avertissement, qui le situe plus que jamais parmi les esprits généreux et les grands moralistes de son temps."

      Robert Benayoun, Novembre 1963, Positif
  • Les avis:

    • le 07/03/14 | Jasmin Duparc | Médiathèque départementale de Seine et Marne
      5/10

      Une demi-déception. Il est des films dont on a l'impression d'avoir toujours entendu parler mais qu'on n'a jamais vu. Muriel, c'était le second élément d'un diptyque dont le premier était Hiroshima mon amour. On en est loin, il manque un ton, une esthétique, l'intrigue est somme toute bien sage et les personnages plus fades qu'étranges. Reste la folie douce du jeu de Delphine Seyrig qui lui seul inquiète et fait penser, improbable parallèle, à la Gloria de Gena Rowlands.