Le Quai des brumes

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Le Quai des brumes
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  • Synopsis:

    Déserteur, Jean arrive au Havre et cherche à se cacher avant de pouvoir quitter le pays. Grâce à un sympathique clochard, il trouve refuge dans une baraque du port où il fait la connaissance d'un peintre singulier et de Nelly, une belle jeune fille dont il tombe amoureux. Est-il enfin sauvé ? Interdit aux moins de seize ans à sa sortie, le film l'est totalement sous l'Occupation par la censure française. Il reçut pourtant le Prix Louis-Delluc 1938, Grand Prix national du cinéma français 1939 ; le Prix Méliès; le Lion d'Or à la vie Mostra de Venise (1938) ; meilleur film étranger pour 1939 aux États-Unis et à Cuba... En adaptant un roman de Pierre Mac Orlan, le tandem Prévert/Carné, à contre-courant de toutes les modes (un déserteur comme héros ! et puis "Toute cette brume ! On n'y voit rien" critiquaient les bien-pensants de l'époque), réalisait un film emblématique de l'esprit français d'avant-guerre. Le couple Gabin/Morgan devint légendaire. Et c'est ici que l'on entend "T'as de beaux yeux, tu sais" : l'une des répliques les plus célèbres du cinéma. Comme qui dirait : culte.

    Acteurs:

    • : Jean
    • : Nelly
    • : Lucien
    • : Zabel
    • : Michel Krauss
    • : Quart Vittel
    • : L'amie de Lucien
    • : Le chauffeur
    • : Le docteur du bateau

    Dates:

    Date de sortie: 18/05/38

    Equipe du film:

    • : Marcel Carné
    • : Maurice Jaubert
    • : Eugen Schüfftan
    • : Pierre Mac Orlan
    • : René Le Hénaff
    • : Jacques Prévert
    • : Alexandre Trauner

    Informations techniques:

    • Noir et blanc
    • Long metrage
    • Français
    • France
    • 1938
  • Critiques:

    • L'Intransigeant

      L'Intransigeant

      " Ce sera l'un des grands films français de l'année. Dès les premières images, on s'aperçoit qu'il est écrit, réalisé et joué sur un ton que peu de films — de chez nous et d'ailleurs — atteignent. Les mots sont bien frappés, les images profondes, composées avec une rare puissance d'évocation et les interprètes marquent leurs per­sonnages d'une vérité inoubliable. (...) Rarement le désespoir et la solitude des êtres avaient été traduits avec autant de force. M. Marcel Carné a su composer des images où la violence et la douceur se mêlent; son film est chargé d'une poésie du malheur dont nous ne nous délivrerons pas de si tôt. Le brouillard nous environne, une humidité gluante nous pénètre : voilà l'oeuvre d'un grand metteur en scène. Les dialogues de M. Jacques Prévert ont la couleur du sujet. Si l'on voulait absolument faire une réserve, on pourrait leur reprocher une certaine rhétorique, des accents littéraires qui sont sans doute moins à leur place ici que dans la bouche des personnages de Drôle de Drame, du même auteur. Mais, en revanche, quelle éloquence! Tous les acteurs ne méritent que des louanges (...)."

      Roger Régent, 1938, L'Intransigeant
    • La Liberté

      La Liberté

      " ... une série de «touches» de faits divers séparés, destinés à illustrer sur fond de grisaille une thèse bien souvent exposée dans certaines littératures... Cette thèse, c'est, ramenée aux moindres actes de la vie quotidienne, celle de la fatalité, l'Ananké antique déesse aveugle qui frappe, n'importe comment et n'importe où, des êtres dont on ne sait plus ce qu'ils sont. Ni bons ni mauvais, champ clos dans lequel des sentiments opposés se livrent un combat inégal, ils paient la rançon d'un destin qu'ils n'ont pas choisi... L'atmosphère si puissamment réalisée a cette teinte de littérature à la Faulkner qui conclut à l'impuissance humaine sous les coups du sort... Si nous jugeons Quai des brumes à travers cette atmosphère littéraire et le dialogue — remarquable — de Jacques Prévert, peut-être serons-nous fondés à dire que le spectacle est déprimant, démoralisant même. Le dogme de la Fatalité n'est pas une excuse suffisante aux actes de ces hommes. Il y a, dans la vie, d'autres choses à dire, à montrer que ceux-là."

      Raoul d'Ast, 31/5/1938, La Liberté
    • Le Petit journal

      Le Petit journal

      " Il est désolant de voir le plus officiel des prix cinématographiques français, le prix du ministère, attribué à un film, plein de qualités artistiques, certes, mais d'un genre très spécial. Un film noir, un film immoral et démoralisant, dont les effets auprès du public n'ont pu être que néfastes."

      8/7/1938, Le Petit journal
    • Marcel Carné (Ed.Seghers, 1965)

      Marcel Carné (Ed.Seghers, 1965)

      " Quai des brumes a, à ce point, marqué le cinéma français que lorsque Godard sortit A bout de souffle, vingt et un ans après, on trouva des points communs entre Gabin le déserteur et Belmondo l'assassin fugitif, entre les deux films aussi. Il en sera de même pour L'Insoumis, où Delon sera comparé à Gabin. Et il en sera probablement encore de même chaque fois qu'apparaîtront à l'écran des personnages qui, à un moment ou à un autre, sont coupés de leurs racines et tentent d'échapper à leur passé en s'enfermant dans un amour hors de toute mesure ; en même temps que des décors où la grisaille, la pluie, les pavés luisants, les aubes lugubres rendent visibles la fatalité et la certitude de l'échec."

      Robert Chazal, Marcel Carné (Ed.Seghers, 1965)
    • Jeune cinéma

      Jeune cinéma

      " Au « réalisme poétique » dont on l’a vite crédité, Marcel Carné préférait le « fantastique social » cher à Mac Orlan : « Les ombres maîtresses de la rue jouaient leur rôle fantastique dans la comédie tragique de minuit. » Le Quai des brumes (1927 ; ce fut aussi le titre du film à sa sortie, puis l’article disparut) était dans le roman celui de Javel : tout se passait à Montmartre, au cabaret Au lapin agile.

      L’adaptation (écrite par Prévert à Belle-Isle) devait être tournée à Hambourg, mais l’UFA de Goebbels refusa : Le Havre fut choisi, noirci par les éclairages de Schüfftan, les décors de Trauner et les machines à brouillard. Jacques Prévert imposa le musicien Maurice Jaubert. Il indiqua que Michèle Morgan, 18 ans, « soit vêtue d’un imperméable et coiffée d’un petit béret. » Et qui donc permit que le film se fasse, car il avait le droit contractuel de choisir son scénario et ses techniciens ? Jean Gabin.

      Fidèle à l’esprit de Mac Orlan (qui aima le film), Prévert ajoute des personnages : ceux de Pierre Brasseur, d’Aimos, de Pérès, de Génin ; il assimile amour et destin ; il écrit superbement (« Un alchimiste des mots, un poète » Michèle Morgan). Sans doute pourrait-on laisser la conclusion, concernant Quai des brumes à Denise Tual (qui conseilla à Gabin de lire le roman) : « Prévert ne disait rien qui puisse empêcher Carné de faire sa mise en scène. »

      Une mise en scène appuyée, certes, qui doit beaucoup, sinon à l’expressionnisme, du moins au cinéma réaliste allemand, à Sternberg et à Pabst. Mais qui est bien de Carné, comment ne pas le reconnaître, comment ne pas la reconnaître ? D’ailleurs, si Prévert ne disait rien, c’est qu’il n’y avait plus qu’à tirer l’échelle."

      Bernard Chardère, Jeune cinéma