Mathieu Kassovitz : "Je voulais faire un film qui rentre dans le lard."

Introducton

Tourné en Noir et blanc dans une cité banale (" Pas désagréable mais c'est une cité : c'est-à-dire que 80 % de la population et 100 % des jeunes n'ont rien à faire.") "La Haine" est "un film contre les flics", explique son réalisateur. "Et je voulais qu'il soit compris comme tel."

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Comment vous est venue l'idée de La Haine ?Mathieu Kassovitz : A la mort de Makomé, victime d'une bavure policière dans un commissariat parisien, je me suis demandé comment on pouvait entrer dans le cercle vicieux de la haine : les jeunes qui insultent les flics qui insultent les jeunes qui insultent les flics... Ça se termine tout le temps par une connerie. Mais comme les flics ont les armes sur eux, ce sont eux qui peuvent pousser le bouchon le plus loin.

Où avez-vous tourné La Haine ?A 30 kilomètres de Paris, dans une cité pas spécialement désagréable : il y a des espaces verts, des terrains de foot... Ce n'est pas désagréable mais c'est une cité : c'est-à-dire que 80 % de la population et 100 % des jeunes n'ont rien à faire. Ils ne vont plus à l'école, ils n'ont rien, ils se font chier. C'est «le syndrome du porche». Ils sont du matin au soir sous un porche d'immeuble et ils attendent, ils fument des joints... Ils n'ont rien. Pas de boulot, rien. A part des petits business... Il n'y avait pas de drogue là où nous avons tourné. Heureusement car dès qu'il y a des vrais dealers, ça se passe à coups de feu !

Le film a été tourné en noir et blanc. Pour quelles raisons ?Je voulais faire un film qui rentre dans le lard. Dans le lard du sujet. La Haine est un film contre les flics et je voulais qu'il soit compris comme tel. Même si je montre des bons chez les flics et des sales connards parmi les jeunes. Maintenant, pour ne pas tomber dans «l'anti-flicaille primaire» tu es obligé d'intégrer des éléments qui rendent les personnages vivants, donc ils rient de ce qu'ils vivent. Il y a forcément des éléments légers, on ne parle pas uniquement du flingue trouvé par les personnages, ou de tuer un flic... Tu es obligé d'amener ce que moi j'aime, des éléments un peu plus sympas, comme je l'ai fait dans Métisse, qui donnent un peu d'air. Ce n'est pas parce que les mecs sont énervés qu'ils se prennent la tête. Pour moi, le seul moyen de rappeler aux spectateurs qu'ils ne regardent pas un film comique ou un truc sympa c'était de faire le film en noir et blanc. Le noir et blanc veut dire «regardez, il y a quelque chose en plus ou en moins mais il y a quelque chose de spécial».

Vous n'avez pas peur qu'après La Haine on cherche à faire de vous le porte-parole de la jeunesse des banlieues ?Tu es porte-parole si tu décides de le devenir. Il suffit de refuser. J'ai des choses à dire sur les bavures policières, sur des histoires qui me paraissent bizarres. Maintenant s'il y a des gens qui pensent que La Haine est la seule façon de voir les choses, c'est leur problème. La vision de La Haine, c'est ma vision, mais ce n'est pas la seule et pas forcément la bonne.

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